Trek Langtang - Ganja La - Panch Pokhari

  • Mis à jour le Nov 7, 2020
  • Laurent
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On respire !

Sommaire

Trek Langtang – Ganja La – Panch Pokhari

Après 8 mois sans bouger de Kathmandu, l’envie est très forte de s’en échapper pour prendre l’air. Les possibilités de treks sont restreintes et il y a beaucoup d’inconnus quant aux éventuelles restrictions. Voulant limiter la probabilité de transporter le virus dans les villages de montagne, je prends un maximum de précautions dans les jours précédents mon départ (peu de déplacements, distanciation, masque, test PCR la veille du départ et véhicule privé pour se rendre sur le lieu de départ). C’est parti !

J01 Kathmandu – Syabru Bensi

7 heures de jeep sur une piste qui peine à s’améliorer. Très peu de circulation. A Dhunche, bien qu’ayant eu une conversation téléphonique avec eux 2 jours avant, le bureau du parc national refuse de me délivrer le permis nécessaire. Beaucoup de discussion pour rien. La directrice finit par me dire : ‘‘On ne vous donne pas de permis, mais vous pouvez continuer. Si vous êtes contrôlés, ce sera votre problème.’’ Pour comparer, c’est un peu comme si un flic me disait que je peux voler une voiture sous ses yeux, mais qu’il m’arrêtera une fois que je l’aurai ramené dans mon garage.

Donc je continue. Pas super rassuré, mais pas trop inquiet non plus. Je ne serai pas contrôlé : Sans tourisme, les 3 postes militaires de la vallée sont tous vides durant cette épidémie ! Ouf !

J02 Syabru Bensi – Lama Hotel (2500m)

J’ai rejoint mon ami et guide Ngawang Finjo pour ce trek. Il est de la région et a déjà effectué 3 fois le Ganja La qui est la partie en camping que je ne souhaite pas faire seul. Il y a quelques groupes de népalais, venant de Kathmandu qui font également le trek. Le covid est loin des préoccupations. Peu de personnes ne s’en soucient ici et c’est dommage pour la protection des villageois d’autant que l’épidémie gagne du terrain à Kathmandu. 3 jours après la fin de mon trek, j’apprendrai que le parc national ferme à toute personne extérieure. J’ai eu de la chance encore une fois !

On surplombe la rivière via les petits hameaux de Tibetan Camp, Pairo, Bamboo, Rimche. Forêts, cascades, montées et descentes jusqu’à Lama Hotel.

5h45. + 1150m ; - 150m

J03 Lama Hotel – Langtang (3450m)

Montée progressive. Changement de paysage radical après Ghoratabela. Il y a beaucoup plus d’enfants que d’habitude car avec le confinement ils sont tous dans les villages. Sinon, la grande majorité des enfants de la vallée sont scolarisés à Kathmandu.
L’émotion est bien présente en passant à certains endroits, vestiges du séisme de 2015. Les glissements de terrain sont énormes, en particulier à Langtang où environ 250 personnes ont disparus sous les pierres et la glace. Le village est reconstruit, mais sa situation géographique n’a rien de rassurante.

5h. +1050m ; - 50m

 

J04 Langtang – Kyanjin Gompa (3900m)

Pas mal de vent aujourd’hui et des paysages qui changent très vite. Courte montée en douceur pour le dernier village de la vallée. Pas de contrôle de permis. Ouf. Le reste du voyage peut s’accomplir sans y penser davantage. Visite du village, discussion avec les jeunes, fromagerie.

2h15. +450m

 

J05 Kyanjin Ri

Journée d’acclimatation. Météo superbe qui ne nous quittera pas jusqu’à la fin du trek. Ciel sans nuages et très clair le matin. Nuages ou brume à partir de 13-15h00. Super !

On prend le temps avec beaucoup de pauses. Je retrouve avec plaisir les sensations de l’altitude : Les essoufflements, le rythme des battements cardiaques derrière la nuque, les cuisses qui brûlent et les pauses pour apprécier, respirer et vivre pleinement. D’autant que c’est la 4ème fois que je viens ici mais que c’est la 1ère fois que les vues sont vraiment dégagées. C’est superbe. Nous sommes au pied du Langtang Lirung et de son glacier qui nous gratifie de quelques avalanches.

5h. +700m – 700m

 

J06 Kyanjin Gompa – Lower Base Camp (4300m)

Après le déjeuner, nous traversons la rivière et remontons à travers la forêt, puis les pâturages. Courte marche. Pour l’acclimatation (et le froid) nous ne montons pas au High Base Camp, d’autant que l’excellente sauce (yaourt de yack + piment) qui accompagnait le déjeuner a du mal à passer. 1ère nuit de camping, bien à l’abri. Je fais découvrir les graines de couscous à Ngawang.

2h30. +500m ; -100m

J07 Lower Base Camp – Ganja La (5150m) – Keldang (4500m)

Environ 3h30 pour atteindre High Camp. Le chemin est pas trop mal tracé. Mélange de pierrier et de sable. Ça glisse beaucoup. Je comprends pourquoi ce col n’est franchissable que 2-3 mois par an. Le reste du temps les conditions sont difficiles avec pas mal de neige (ce qui était le cas 2 semaines avant). 2h30 supplémentaire pour atteindre le col avec les derniers 100m assez durs et enneigés. D’ailleurs une échelle fixe et une main courante (en mauvais état) sont installées. Un court passage (20m) délicat sur une corniche étroite nécessite de casser la glace pour assurer.

Je le sais bien et je n’avais rien en trop dans mon sac, mais cela aura été l’occasion de me rappeler à quel point son poids est important. Nous avons 18-20 Kg sur le dos. Un peu trop pour moi au-dessus de 5000m car j’avance péniblement pour les derniers mètres et je sens aussi le poids de la quarantaine. Ngawang arrive en premier au col et redescend pour me prendre mon sac. J'accepte volontier ce coup là. Grand merci à lui. Sans le sac, c’est tout de suite plus facile ! Je repense alors à quel point le travail des porteurs est incroyable pour les treks de haute altitude et que vérifier le poids des sacs des touristes avant de partir est vraiment indispensable.

On profite brièvement de la belle vue au col et le froid nous fait vite basculer de l’autre côté pour 3 heures de descente. Le chemin y est beaucoup plus facile. Les possibilités de camping sont nombreuses, aux bords des ruisseaux. Après avoir monté la tente, on s’endort. Les efforts de la journée nous ont coupé l’appétit. On se force à manger et on finira finalement par apprécier un plat de pâtes lyophilisés, avec un morceau de fromage de yak.

9h. +850m ; -700m

J08 Keldang – Dhukpu (4000m)

On dégivre la tente. Toilette matinale au ruisseau. C’est bien frais et revigorant avec le soleil qui arrive vite pour réchauffer. Journée pas trop drôle avec la fatigue de la veille. Montées et descentes successives. Je pense à la petite mamie et son ‘’petit plus’’, sauf qu’aujourd’hui, le petit plus n’est pas gastronomique, mais est plutôt synonyme de ‘’dénivelés positifs imprévus’’ dans ma programmation ! Pas facile de trouver de l’eau en chemin en particulier au camp du soir. Nous avons la chance de trouver 4 jeunes qui sont là depuis 2 jours (pour entretenir d’une grotte à proximité, lieu de pèlerinage) et qui logent dans une cabane de bergers. Ils nous invitent et nous font de la place dans la cabane très enfumée. Pour oublier les conditions de logement, ils ont une conséquente provision de cannabis.

6h. +450m ; -950m

J09 Dhukpu – Gangkharka (2200m)

Nous descendons vers la région Helambu, mais nous commençons par 1 bonne heure de montée avant de rejoindre l’Ama Yangri (3h). Les vues sont très larges et toujours aussi claires. Nous passons par les superbes forêts de rhododendrons tortueux. Nous hésitons de chemin et prenons le plus long malheureusement pour rejoindre Laggyang Gumpa et son monastère détruit par le séisme. Il n’y a plus grand monde dans le village et continuons notre descente dans une forêt très épaisse et où très peu de personnes ne passent désormais. Ngawang y aperçoit un panda roux. Je ne suis pas assez rapide pour le voir. C’est un animal en voie de disparition. Nous arrivons à Gangkharka où il n’y a pas grand monde car les villageois sont partis travailler à la rénovation d’un chemin de montagne. J’ai les pieds en feu car nous avons beaucoup descendu aujourd’hui et le lavage à l’eau froide est un vrai bonheur. Nous logeons chez un jeune couple et leurs 3 enfants (+ de la famille). Elle est institutrice et il est charpentier. La maison n’a que 2 pièces, mais elle est très chaude avec un poêle central. Nous dormons tous dans la même pièce. 8 personnes dans 9m2.

7h15. +400m ; -2200m

J10 Gangkharka – Thulo Bhotang (1900m)

Nous commençons la journée par descendre encore. Ça commence à fatiguer avec des ampoules aux pieds et une cuisse qui chauffe. Ngawang aussi montre des signes de lassitude. Mais nous sommes motivés pour la deuxième partie du trek : Les lacs sacrés de Panch Pokhari qui est un haut lieu de pèlerinage. Ngawang ne connait pas. J’y suis déjà allé… Il y a 14 ans !

Nous longeons la rivière et les cultures en terrasses qui sont superbes ici. Millet, blé, cardamome, cascades, œillets d’Inde. Le coin est un petit paradis. L’eau de source est d’une pureté incroyable. J'ai l'impression de découvrir le vrai goût de l'eau et ne me souviens pas en avoir bu d'aussi bonne.

Nous arrivons en début d’après-midi. Perso, je suis vraiment fatigué, inquiet pour ma cuisse et j’hésite à arrêter le trek ici car le village est connecté par la route. Mais nous sommes en période de fête et il n’y a pas de bus pendant 3 jours. Donc mes états d’âmes et hésitations sont vites résolus.

4h30. +600m ; -900m

J11 Thulo Bhotang – Nasyam Pati (3650m)

Mauvaise nouvelle ce matin : Avec la fête, le lodge où nous avions prévu de dormir est fermé. Il faudra marcher 2-3 heures de plus. Pas de soucis. Ce matin, tout va bien et la motivation est de retour. La cuisse ne me fait pas trop mal pour monter. 1h pour Deurali. + 1h45 pour Tuppi Danda pour le lunch. + 4h pour Nasyam Pati. Et là : Surprise : Un jeune super sympa nous attend et est venu exprès car il sait qu’on doit passer. On accepte avec joie de rester avec lui dans son lodge !
Les conditions sont sommaires dans cette région : Ce sont de grands dortoirs, pas d’électricité, pas de chauffage (à moins de se faire une place près du feu de la cuisine), menu très limité. Je retrouve les mêmes visages qu’il y a 14 ans. Des vies rudes de bergers (yaks, chèvres), de travailleurs construisant des chemins, des ponts, des cueilleurs d’herbes rares, de racines. Tous : les pieds et les mains nus, mutilés, sales, vêtus légèrement, en sandales ou en bottes de caoutchouc. Parcourant les montagnes de 6h du matin à 21h le soir. Se nourrissant de tchang (boisson de riz fermenté), de thé, de céréales séchées, fumant de l’herbe roulée dans des feuilles de rhodo ! Un autre âge, mais toujours d’actualité !

6h45. +1900m ; -150m

J12 Nasyam Pati – Panch Pokhari (4100m) – Nasyam Pati

Nous mettons 2h pour atteindre le col puis 30mn pour les lacs. On croise quelques népalais de Kathmandu. Ce trek commence à être populaire car relativement court, joli et avec une dimension spirituelle. C’est le top pour les népalais. Mais les citadins de Kathmandu ne sont pas forcément tous prêts à la montagne et n’y connaissent pas grand-chose. 4 jeunes ont mis 6h pour faire ce que nous avons fait en 2h30 !

Panch pour 5. Pokhari pour lac. Lors de la fête de Janai Purnima en l’honneur de Shiva, au mois d’aout et en pleine mousson, ce lieu accueille environ 15000 personnes en 2 jours. Une organisation incroyable est requise et mise en place pour cet évènement (hébergements temporaires, tentes, nourriture…).

Nous profitons des environs et nous nous baladons. Vue sur les 5 lacs. Vue sur la chaîne Himalayenne dont le très esthétique Dorje Lakpa. Ngawang étend des drapeaux à prières, prie, et se purifie à l’eau sacrée (et très froide). Eau que nous collectons pour ramener à nos familles népalaises. Cela servira pour les cérémonies à venir.

Nous ne dormons pas sur place et préférons redescendre pour amortir la journée du lendemain.

4h30. +400m ; -400m

J13 Nasyam Pati – Thulo Bhotang (1900m)

Retour à Thulo Bhotang. Les 2 premières heures de descente se passent bien, puis la cuisse proteste sérieusement avec, toutes les 10-15 mn une douleur brève mais intense s’apparentant à un coup de couteau. Je marche très doucement et le fait que ce soit le dernier jour enlève toute pression. Ce qui me surprend et ce qui me fait mal est de constater que nous croisons de plus en plus de népalais (plus qu’à la montée) et que cette augmentation correspond à une nette et flagrante augmentation de pollution et de déchets (plastiques, emballages, biscuits…) le long du chemin. J’enrage, d’autant que les pollueurs sont des jeunes de 20-40 ans. Pour avoir parlé avec beaucoup d’entre eux, et reconnaissant leur milieu social, il est évident qu’ils connaissent les enjeux environnementaux et qu’ils ont été formés ou éduqués, à l’école, aux problèmes de la pollution, de l’écologie… Alors je ne comprends pas ! Je suis vraiment en colère contre eux. Que leurs ainés qui n’ont pas eu d’éducation par rapport à ces problèmes polluent peut se comprendre, mais EUX ! ! ? ? Non… je ne comprends pas. C’est vraiment triste

 6h. +150m ; -1900m

J14 Retour à Kathmandu

...dans un bus bondé. 6h30 de trajet environ sur piste.

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